L’enveloppe et le secret

« N’ouvrez pas cette enveloppe! Tuez-moi mais ne lisez pas le contenu de cette lettre je vous en prie! » La douleur sur son visage n’était rien à comparer avec celle qui surgissait de son coeur alors que son ennemi juré tenait devant lui un couteau permettant d’ouvrir son monde à lui. « Tues-moi je t’en supplie, tues-moi.. » Ligoté sur une chaise couchée sur le sol, il ne pouvait plus bouger. Les boursouflures qui recouvraient son visage témoignaient de la violence de l’intervention. Il avait été enlevé, séquestré, torturé et les informations qu’il détenait allaient bientôt le mener à sa perte. « Je ferai n’importe quoi mais n’ouvrez pas cette enveloppe » Ses ravisseurs ne réagissaient plus à ses demandes et caprices. Ils demeuraient stoïques devant la souffrance qu’enduraient Alexandre, qui suppliaient en lichant le sol de le tuer pour qu’il n’ait plus à vivre avec ce secret infâme qui le ronge de l’intérieur. « C’est ma vie, mon jardin secret, mes vices cachés, mon intégrité! Vous me violez! »

 

Il ne cessait plus de crier à tue-tête. Il désirait tellement être écouté et entendu, il essayait de convaincre son ennemi de le laisser partir, de le libérer de ses tourments. Autour de lui, il voyait un sous-sol gris et craquelé de par les mûrs des fondations. Sur certains d’entre-eux, il pouvait remarquer les inscriptions « Pig piggy pig ». Le sang séché qui arborait les meubles du sous-sol l’accablait cependant moins que la menace réelle qui se tenait devant lui. Il ne se souciait plus de la mort, sa première grande peur, puisque la peur de devoir dire la vérité et d’être jugé était encore pire. « Je t’en supplie, ne livre pas la vérité au monde. Ils ne sont pas prêts, ils ne le seront jamais » Mais ses ravisseurs le regardaient avec exaltation, mépris et préjugés. Ils prenaient plaisir à tuer à petit feu une personne qui croulait sous la pression de la société. « Je suis différent vous voulez j’fasse quoi! Tuez-moi j’pu capable.. » L’indifférence de ses ravisseurs lui lança une claque au visage qui le fit virevolté dans tous les sens. Son ennemi, Jim, replace la chaise de la victime avec précaution et minutie.

 

– Tu vois cette lettre mon gars? Tout le monde va savoir ta passe croche. Tout le monde va savoir la vérité. Que tu mens aux autres, que tu craches par terre devant tous ceux qui te font confiance. J’anéantirai ta vie comme j’anéantirai celles qui sont liées par ce secret. Le plus gros secret de ta vie, que veux-tu? T’aurais dû ne jamais te lancer dans une histoire aussi croche pareille.

 

Mais Alexandre n’entendait plus à rire. Il ne voulait pas vivre la délivrance de son secret. En larmes, il jura de ne plus recommencer, il jura qu’il allait annoncer aux personnes concernées le vice caché qu’il entretenait. L’oeil gauche à moitié fermé et la bouche ensanglantée, il procéda à ses dernières paroles avant d’achever sa vie. «

 

– Non non non Alex, tu t’en sortiras pas en mordant sur ta langue. Maintenant que tu veux tant que ça que je livre ton secret, je le ferai pour toi. Où est ton cellulaire?

 

– Y’en ai pas question j’te le donnerai pas! Tues-moi qu’on en finisse merde…

 

– Oh, ça me demande ce service là en plus? Tu te mens à toi-même et je suis le seul à pouvoir rendre justice sur cette région offusquée par ta réticence à parler. Tout le monde attend que tu parles, agis.

 

– Vous ne comprenez et vous ne comprendrez jamais!

 

Tout d’un coup, les murs semblaient tourner dans tous les sens. Étourdi, Alexandre se cogna la tête sur le sol et s’évanouit, tout en vomissant les derniers mots d’une personne désespérée. La pièce se transforma quelques minutes plus tard. Passant d’une pièce de torture à une chambre des maitres, la pièce remplaçait le rouge sang des meubles avec un rouge cerisier des murs. Les fenêtres barricadées laissaient place à des portes françaises. La lumière perçait la fenêtre et atteignait le front en sueur d’Alexandre, qui était incapable de se réveiller.

 

Le même manège se produisait pendant des heures, alors que la pièce changeait constamment de décor. Parfois, la chambre était verte pâle. Les murs étaient couverts de lambris (vers le bas). Le lambris était teint en brun. Il avait été fait à l’éponge, démontrant que le travail fut manuel et maison. Autrefois, la chambre laissait place au jaune éclatant recouverte de posters. Les murs étaient craqués de partout, mais étaient tout de même solides. La dernière pièce se voulait aussi jaune, mais plus triste. Mélangeant le vert et le jaune, cette pièce était cette fois-ci féminine. Cependant, toutes les pièces avaient un miroir bien en place à coté du lit, où Alexandre se retrouvait dès à présent.

 

Se réveillant en sursaut, pyjama compris, il tapota son front plein de sang séché et de sueur. Regardant par terre, il remarqua un verre de cognac installé à proximité du matelas ainsi que du vomis et du sang. Des cheveux étaient postés tout prêts, démontrant la violence de l’impact. Regardant le miroir à coté de lui, il pleura les dernières paroles de sa vie, avant de se jurer qu’il garderait son secret pour lui, désirant vivre dans la douleur pour le reste de ses jours et faire place à quelques personnes auxquelles il tenait tant. Le miroir, lui, le regardait avec mépris et le menaçait d’ouvrir l’enveloppe. Emprunt de rage, Alexandre se leva, tituba jusqu’au verre… Et cria

 

« JAMAIS! »

 

Le miroir n’était plus

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~ par revenger0794 sur 8 janvier 2013.

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