La porte et les deux clés

Un homme se trouvait dans une maison centenaire qui appartenait à ses arrières grands-parents. Il en avait hérité lors du décès de sa mère, qui lui avait laissé la plus grosse part du gâteau. En effet, il était le plus dévoué de la famille, le plus respectueux et généreux. Il était le benjamin, le mal-aimé des frères et soeurs… Mais aussi celui qui avait moins réussi dans la vie. Ne l’aillant pas eu facile lors de son existence, il ne savait plus quoi faire avec cette baraque. Devait-il la conserver ou plutôt la revendre au gros prix, pour ainsi retrouver le chemin du succès? Écrivain de nature, il s’était recyclé en conseiller municipal, faute d’avoir échoué lors de la sortie de son troisième bouquin.

 

Lors d’un matin d’été, au gros soleil, il décida qu’il était temps de retourner dans la pièce contenant les vieilleries de la famille. Cette pièce était scellée sous clé, il n’y avait pas moyen d’y entrer à moins d’avoir la bonne recette secrète : Et le seul qui l’avait, c’était Chris le mal-aimé. Cependant, lors de l’héritage (la délégation de celui-ci), la mère de la famille donna une seconde clé standard que l’on acquiert très facilement partout dans les quincailleries. Alors, en cette journée chaude d’été, il voulait faire le grand ménage.

 

Au moment d’entrer dans la pièce, le téléphone sonna. C’était son ex-femme, une femme charmante qui lui avait sauvé la vie. Cependant, quand l’on remonte plus loin, on se rend bien compte de l’animosité et de l’amour qui subsistaient toujours. Il ne fallait pas être devin pour deviner que des obligations les avaient séparés. En raccrochant, il lança de toutes ses forces le téléphone sur la porte secrète. Celui-ci se fracassa en mille morceaux… Était-ce le signe que la réconciliation était désormais impossible ?

 

Il prit la clé qui en avait vu des gens passer dans la maison. Tout en faisant bien attention de ne pas brusquer la serrure, il tourna le loquet délicatement… Sans succès. La porte ne voulait pas s’ouvrir, il lui était impossible d’accéder à la pièce contenant tous ses meilleurs souvenirs. Cette maison préservait une énergie positive… Une bonté sans égale. Sans elle, cette maison n’aurait pas d’histoire –Mais un mystère flottait dans l’air à chaque fois qu’un étranger foulait le sol de l’habitation- la famille était en effet philosophe dans ses démarches peu orthodoxes. Elle savait comment stimuler l’énigme qui existait à l’intérieur des fondations du centenaire.

 

L’homme persista donc, réessaya d’entrer dans la pièce pour finalement retrouver ce dont il avait de plus cher dans sa vie… Toujours sans résultat concluant. Regardant la vieille clé, il se jura qu’elle allait déverrouiller la – maudite pièce- Mais… La mère de famille avait laissé un dernier cadeau à son benjamin…

 

La nostalgie s’empara dès lors de Chris qui, abandonnant son projet d’ouvrir la porte, décida de s’assoir dans le salon. Il regarda autour de lui les sièges les plus confortables avant d’opter pour le brun. Son tissu soyeux lui rappelait son ex-femme… Puisqu’elle le lui avait offert en cadeau pour son 30ème anniversaire. Maintenant âgé de 43 ans, il ressassait encore et toujours les raisons de leur rupture, et tentait de trouver les réponses à ses questions. Mais il n’y avait pas que ça! La porte ne voulait pas se déverrouiller malgré la clé de la famille qui se passe de générations en générations.

 

Lors de la distribution des biens, le jour du testament final, il reçu une lettre qui accompagnait l’autre clé en apparence banale. Chris avait toujours pensé que cette clé n’était qu’une métaphore, un mythe, qu’elle ne faisait qu’ouvrir une autre pièce secrète dont sa mère avait la réponse, la cachette… Alors, avec un verre de whisky à la main, il décocha la lettre qui lui était destinée.

 

Mon cher Chris,

Je sais que tu ne l’as pas eu facile, ta vieille mère te connait et elle t’a vu tituber pendant des années avant de te voir mettre pieds à terre dans un domaine qui ne te plait pas. Je sais que, le jour où tu liras cette lettre, je serai morte. Cela va de soi, mon choix était déjà fait. Tu sais aussi que ta bonne mère adore les mystères, et voici le dernier qui te sera confié. Plus de menteries, plus de leçons abracadabrantes concernant notre vie de famille. C’est terminé. Je voudrais te dire avant de te quitter pour toujours… Que je serai toujours dans ton coeur ; ma mort et mon absence ne justifie pas le fait que je serai toujours là pour toi. Il existe toujours un dernier moyen pour me trouver… À toi de chercher.

Je t’aime

Maman xox

 

Chris lisait, relisait, se resservait d’autres verres d’alcool forts qui eurent tôt fait de le rendre KO sur le divan à 1h du matin. Il tentait en vain de résoudre l’énigme qui lui était posée, d’ailleurs, il ne savait même pas quelle était cette énigme. La clé qui y était attachée ne semblait même pas être en lien avec les derniers mots de sa maternelle, alors il l’a mit de coté. En persévérant, il croyait pouvoir déchiffrer ces dernières paroles dignes des Laforge.

 

Le lendemain, toujours affalé sur son divan, il fut réveillé par la sonnerie de la porte d’entrée. Faisant un sursaut, il n’entendit pas l’invitée entrer… Son ex femme se tenait debout, le regard triste et indulgent.

« C’est quoi ça »? Qu’elle lança, pointant la lettre de sa mère.

« C’est une énigme… Mais je ne sais même pas quelle est-elle… Et pourtant, j’aime jouer avec les mots, tu le sais bien… Ahh et ma tête elle me fait tellement mal..! »

« Tu devrais te remettre au travail et arrêter de boire, ce n’est pas bon pour toi »

« J’ai recommencé depuis que tu m’as quitté je n’y peux rien… Et pourquoi es-tu ici? »

« J’ai laissé mes affaires dans la chambre de débarras, je dois aller les chercher »

« Je t’en prie… On peut discuter avant… »

« Ça ne marche pas, ça ne marchera plus. Trouves autre chose »

 

Les yeux de Chris s’écarquillèrent soudainement, réalisant l’éclat de génie qui le transperça. Il accouru vers la clé qui lui était destinée et monta les escaliers à toute vitesse! « Mais tu fous quoi là? » « Je répare finalement les pots cassés » Maintenant posté devant la porte de bois et de fer, vieille comme la maison, il la regarda fixement, oubliant ses ennuis qui l’incommodaient depuis déjà bien trop longtemps. « J’aurais dû le savoir plus tôt » Il déverrouilla enfin la porte…

 

À l’intérieur de la pièce ne se trouvaient plus les objets de son ex-femme mais bien les objets d’un couple prenant une pause. Il y avait tout soient le lit double « king size » ainsi que la table de chevet. Sur la tête de lit se retrouvaient la bague de fiançailles de Stéphanie qui regardait elle aussi le spectacle qui se déroulait devant ses yeux ébahis. « Fini les paradigmes, les jugements, les menteries et les peurs que l’on se fait. Si ça n’a pas fonctionné, c’est qu’on avait peur du jugement. Et si je ne suis plus capable de te ravoir, c’est que je dois cesser le même manège et te démontrer que j’ai encore une valeur plus grande que n’importe qui! Tu coucheras ici, nous vivrons heureux jusqu’à ce que tout se replace. » Elle hocha de la tête timidement, les larmes aux yeux…

 

Regardant la lettre et la clé qui déverrouilla la porte, il sourit. Il réalisa qu’il devait agir autrement pour regagner la confiance des autres, qu’il ne devait plus rien ne prendre pour acquis…

 

Sauf l’amour de sa mère

N’est-ce pas, Chris?

Publicités

~ par revenger0794 sur 7 janvier 2013.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :